Radiothérapie

La radiothérapie constitue, avec la chirurgie et la chimiothérapie, l’un des trois piliers fondamentaux du traitement du cancer . Cette approche thérapeutique utilise des rayonnements ionisants à hautes doses pour détruire spécifiquement les cellules cancéreuses tout en préservant au maximum les tissus sains environnants . Plus de 190 000 patients bénéficient chaque année en France d’un traitement par radiothérapie, représentant environ 63% de l’ensemble des patients atteints de cance

En savoir plus sur la Radiothérapie

La radiothérapie

La radiothérapie est un traitement anticancéreux locorégional dont le principe repose sur l’irradiation ciblée des cellules tumorales . Elle peut être administrée à visée curative pour guérir complètement le cancer, ou à visée palliative pour freiner l’évolution tumorale et améliorer la qualité de vie des patients . Cette modalité thérapeutique peut être utilisée seule ou associée à d’autres traitements comme la chirurgie, la chimiothérapie ou l’immunothérapie.

Le principe fondamental de la radiothérapie repose sur l’utilisation de rayonnements ionisants qui interagissent avec la matière vivante en produisant des réactions physico-chimiques destructrices . Ces rayonnements, qu’il s’agisse de photons, d’électrons ou de protons, ont la capacité d’endommager l’ADN des cellules cancéreuses, bloquant ainsi leur capacité de reproduction et entraînant leur mort . Les cellules tumorales, qui se divisent plus rapidement que les cellules normales, présentent une sensibilité accrue à ces rayonnements ionisants

Les objectifs de la radiothérapie varient selon la situation clinique et le stade d’évolution de la maladie. Elle peut être utilisée dans un but curatif pour éliminer complètement le cancer, en traitement adjuvant pour détruire les cellules cancéreuses résiduelles après une chirurgie, en traitement néoadjuvant pour réduire la taille d’une tumeur avant une intervention chirurgicale, ou en traitement palliatif pour contrôler la maladie et améliorer la qualité de vie des patients. Cette approche thérapeutique personnalisée prend en compte le type de cancer, sa localisation, son stade d’évolution, l’âge et l’état général du patient.

La radiothérapie peut être administrée seule ou en association avec d’autres traitements comme la chirurgie, la chimiothérapie, l’immunothérapie ou les thérapies ciblées. L’irradiation a pour but de détruire toutes les cellules tumorales tout en préservant au maximum les tissus sains environnants, ce qui constitue le défi majeur de cette discipline médicale. Les cellules tumorales ont une particularité : elles possèdent une capacité de multiplication accrue, ce qui les rend plus sensibles à la radiothérapie que les cellules saines

 A modern EDGE linear accelerator, a key piece of equipment for radiotherapy, is shown with a medical professional observing

 

Comment fonctionne la radiothérapie pour traiter le cancer ?

Le fonctionnement de la radiothérapie repose sur l’interaction des rayonnements ionisants avec la matière vivante, produisant des réactions physico-chimiques qui lèsent le matériel génétique des cellules, notamment l’ADN. Les rayons X ou photons utilisés en radiothérapie ont le pouvoir d’arracher des électrons aux molécules qu’ils rencontrent, créant des ions et des radicaux libres. Des milliers d’ionisations et de lésions moléculaires sont créées en cascade en une fraction de seconde.

Mécanisme d’Action Cellulaire

Au niveau cellulaire, les rayonnements ionisants fragmentent l’ADN des cellules cancéreuses, empêchant ainsi leur multiplication. Les dommages causés à l’ADN déclenchent des mécanismes de signalisation et de réparation cellulaire, mais les réparations seront plus ou moins fidèles selon la gravité des lésions. Les cellules cancéreuses, dont l’ADN est endommagé au-delà de leur capacité de réparation, cessent de se diviser ou meurent. Contrairement aux cellules cancéreuses, les cellules normales possèdent généralement une meilleure capacité de réparation des dommages causés par la radiation.

La radiothérapie ne tue pas les cellules cancéreuses immédiatement, mais nécessite plusieurs jours ou semaines de traitement avant que l’ADN ne soit suffisamment endommagé pour provoquer la mort cellulaire. Les cellules cancéreuses continuent de mourir pendant des semaines ou des mois après la fin de la radiothérapie. Au niveau tissulaire, l’effet dépend du pourcentage de cellules touchées, le tissu n’arrivant plus à assurer sa fonction lorsque trop de cellules sont mortes.

Types de Rayonnements Utilisés

La radiothérapie fait appel à différents types de rayonnements : rayons X, rayons gamma et particules. Les accélérateurs linéaires modernes peuvent générer des rayons X ou des électrons de haute énergie. Les appareils de télécobalt émettent des rayons gamma de haute énergie. Pour optimiser le traitement, on utilise des faisceaux de plus haute énergie dirigés vers la cible depuis différents angles, ce qui permet de maximiser la dose à leur intersection tout en minimisant l’exposition des tissus sains traversés.

Radiobiologie et Fractionnement

Le principe du fractionnement consiste à diviser la dose totale de radiothérapie en plusieurs séances administrées quotidiennement sur plusieurs semaines. Cette approche permet aux cellules normales de mieux se rétablir entre les séances, tout en maintenant l’efficacité contre les cellules cancéreuses. La dose est généralement délivrée par fraction de 2 grays, une fraction par jour, 5 jours par semaine, pendant 4 à 8 semaines selon le protocole thérapeutique

Administration d'une radiothérapie

L’administration de la radiothérapie suit un processus rigoureux et méticuleux qui garantit la précision et la sécurité du traitement. Il existe deux types principaux de radiothérapie : la radiothérapie externe et la radiothérapie interne ou curiethérapie. La radiothérapie externe représente la modalité la plus couramment utilisée, où le rayonnement est généré par un accélérateur linéaire situé à distance du patient.

Phase de Préparation et Planification

La première étape cruciale consiste en la préparation et la planification du traitement, nécessitant une précision extrême. Lors de la première consultation, le patient est informé de toutes les modalités techniques de la radiothérapie et des effets indésirables à surveiller. Les données anatomiques du patient sont acquises grâce à un simulateur ou un scanner de simulation, auxquelles peuvent être associées des images d’IRM ou de médecine nucléaire.

Le scanner de simulation, aussi appelé scanner de centrage, constitue une étape fondamentale où le patient est installé dans la position de traitement qui sera reproduite à chaque séance. Cette position doit être la plus confortable possible tout en permettant une reproductibilité parfaite. Pour les lésions mobiles, notamment à cause de la respiration, plusieurs scanners sont réalisés afin de prendre en compte les mouvements de la tumeur et des organes de voisinage.

Définition des Volumes et Calcul de Dose

Le radiothérapeute définit le volume à irradier et localise les organes à risque avoisinants qu’il faudra protéger . Ces données, exploitées via des calculs informatiques sophistiqués, permettent d’établir le plan de traitement du patient, notamment le nombre de séances et la dose délivrée par séance. Le radiophysicien a la responsabilité de définir la balistique du traitement : choix du nombre de faisceaux, de leurs caractéristiques (orientation, énergie, taille des champs), utilisation ou non de modificateurs de faisceaux ou de la modulation d’intensité.

Techniques d’Immobilisation et Contention

Différentes techniques d’immobilisation sont employées pour assurer la reproductibilité des séances. Pour obtenir une parfaite immobilisation, on utilise des plans inclinés ou des cales personnalisées, des repose-têtes avec appui buccal, temporal ou frontal, des appui-bras, des systèmes à compression, des contentions thermoformées, des mousses polymérisables ou des systèmes à dépression. L’asservissement respiratoire correspond à la délivrance de l’irradiation à une phase précise du cycle respiratoire, soit en inspiration bloquée, soit en respiration libre .

Protocoles et Dosages

Chaque protocole de radiothérapie définit précisément les médicaments utilisés, leurs doses calculées en fonction de la surface corporelle du patient, l’ordre et le rythme d’administration, ainsi que le nombre de cycles prévus. La dose totale de radiothérapie est divisée en plusieurs séances qui ont lieu généralement une fois par jour, du lundi au vendredi, 5 jours par semaine. Le rythme et la durée du traitement, déterminés par le radiothérapeute, doivent être strictement respectés pour optimiser l’efficacité thérapeutique

A patient positioned on a treatment table under a TrueBeam linear accelerator for a radiotherapy session, with green laser lines indicating precise alignment

Où et quand se passent les séances de radiothérapie ?

Les séances de radiothérapie se déroulent principalement en ambulatoire, permettant aux patients de rentrer chez eux le jour même sans nécessiter d’hospitalisation. Cette modalité représente un avantage considérable pour l’organisation de la vie quotidienne des patients, car les séances sont de courte durée et les effets secondaires généralement moindres que lors d’une chimiothérapie

Déroulement d’une Séance

Chaque séance de radiothérapie dure environ 15 à 20 minutes, dont seulement quelques minutes correspondent au temps d’irradiation proprement dit. Pour certaines techniques plus complexes, la séance peut durer jusqu’à 45 minutes. Le temps global prend en compte l’installation du patient, les contrôles de positionnement afin de reproduire exactement le plan de traitement, et les vérifications de sécurité.

La première séance est généralement plus longue que les séances suivantes car elle permet de déterminer la dose d’irradiation appropriée, de cibler très précisément la zone à traiter et de valider tous les paramètres de traitement. L’infirmier ou le technologue en imagerie médicale vient chercher le patient dans la salle d’attente, puis l’accompagne dans la salle d’irradiation après qu’il se soit déshabillé selon les consignes.

Positionnement et Surveillance

Le patient est installé sur la table de traitement exactement de la même façon qu’il était placé lors de la simulation. Il est extrêmement important que le patient bouge le moins possible jusqu’à ce que l’équipe médicale lui indique que le traitement est terminé, tout en continuant à respirer calmement. L’irradiation est inodore, invisible, incolore et indolore

Durant le traitement, le patient est constamment surveillé à l’aide d’une caméra de télévision et reste en contact avec l’équipe soignante par un interphone. La séance peut être interrompue à tout moment si nécessaire. Les paramètres d’irradiation sont constamment contrôlés par un ordinateur, et des radiographies prises pendant la séance contrôlent également le traitement.

Rythme et Durée du Traitement

La radiothérapie est habituellement réalisée une fois par jour, tous les jours sauf le weekend, sur une durée standard de 6 semaines. Le nombre total de séances varie généralement entre 25 et 35 séances selon le protocole thérapeutique et la localisation de la tumeur. En France, plus de 4,3 millions de séances de radiothérapie sont effectuées annuellement en faveur de 214 000 patients.

Infrastructure et Organisation

La France dispose d’un réseau de centres de radiothérapie répartis sur l’ensemble du territoire, incluant les hôpitaux publics, les centres de lutte contre le cancer et les cliniques privées. Les 22 centres de lutte contre le cancer prennent en charge, relativement à leur nombre, une grande partie de l’activité de radiothérapie, représentant 22% des séances. Le secteur privé réalise la majorité des séances de radiothérapie, principalement dans les cliniques spécialisées 

Patient positioned for a radiotherapy session using a linear accelerator with laser alignment

Recherche et radiothérapie

La recherche en radiothérapie connaît une évolution technologique constante avec des innovations majeures qui transforment progressivement la prise en charge des patients. L’oncologie radiothérapique, bien que centenaire, a vécu plusieurs révolutions technologiques ces dernières années, apportant un bénéfice clinique démontré et améliorant considérablement l’efficacité et la tolérance des traitements.

Radiothérapie Adaptative et Intelligence Artificielle

La radiothérapie adaptative représente une révolution technologique majeure, permettant d’adapter le plan de traitement en temps réel à chaque séance. Cette approche prend en compte les variations de position, de forme ou de volume de la tumeur et des organes à risque. Le système ETHOS, doté d’intelligence artificielle, permet désormais d’offrir aux patients une adaptation continue et en temps réel de leur traitement basée sur l’anatomie quotidienne.

Les logiciels d’intelligence artificielle sont de plus en plus intégrés pour aider le contourage quotidien des structures anatomiques. Cette technologie de rupture vise à améliorer la précision du ciblage des tumeurs tout en épargnant le maximum de tissus sains, diminuant ainsi les séquelles potentielles du traitement.

Radiothérapie Guidée par l’Image (IGRT)

La radiothérapie guidée par l’image constitue une avancée majeure permettant une meilleure localisation des volumes cibles. Cette technique utilise des systèmes d’imagerie embarquée basse énergie kV et haute énergie MV pour repositionner précisément le patient avant chaque séance de traitement. L’IGRT permet d’améliorer la précision en utilisant des repères anatomiques ou des marqueurs implantés chirurgicalement pour mieux localiser le volume de traitement.

Techniques de Haute Précision

La radiothérapie de précision a fait son apparition grâce à une nouvelle conception de l’irradiation utilisant de nombreux faisceaux permettant de mieux cibler les zones à traiter selon différents axes avec une précision extrême. La radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité (IMRT), la radiothérapie guidée par l’image (IGRT) et la radiothérapie stéréotaxique constituent les techniques innovantes de haute précision.

La radiothérapie stéréotaxique (SBRT) permet d’administrer de puissantes doses de rayons de façon ciblée à une zone touchée par le cancer. Cette technique moderne représente une alternative plus rapide et plus précise comparée à la radiothérapie traditionnelle, avec des taux de succès comparables et moins d’effets secondaires.

Innovations Émergentes

La radiothérapie FLASH s’annonce comme une technologie de rupture particulièrement prometteuse. Cette technique délivre un très haut débit de dose, permettant de traiter le patient en quelques millisecondes. Il a été démontré dans plusieurs études précliniques que cette technique permet de davantage épargner les tissus sains tout en détruisant efficacement les cellules tumorales.

Le projet FRATHEA (Flash Radiation THerapy Electron Acceleration), porté par l’Institut Curie en collaboration avec le CEA, vise à installer un irradiateur de faisceaux d’électrons de très hautes énergies. L’objectif est de disposer en 2028 d’une plateforme unique au monde pour démarrer les premiers essais cliniques auprès de patients touchés par des cancers de mauvais pronostic.

Protonthérapie et Hadronthérapie

La protonthérapie est structurée en France sur trois sites (Nice, Orsay et Caen) permettant l’accès pour des tumeurs pédiatriques, neurologiques ou ophtalmiques. L’hadronthérapie utilise des faisceaux de protons et d’ions carbone qui ont l’avantage d’être plus lourds et dotés de plus d’énergie que les électrons, les rendant encore plus efficaces pour détruire les cellules cancéreuses.

Cette technique s’appuie sur l’énergie produite par des faisceaux de particules lourdes qui traversent les tissus sains en ne délivrant qu’une énergie très faible, et livrent le maximum d’énergie au niveau de la tumeur. Le ratio entre l’énergie déposée au niveau de la tumeur et au niveau des tissus sains est vraiment en faveur de la protonthérapie.

Recherche Translationnelle et Combinaisons

L’unité de recherche UMR 1030 développe une recherche intégrée en Radio-Immuno-Oncologie, allant de la recherche fondamentale à la recherche clinique. Les efforts portent sur l’innovation en santé humaine, notamment le développement de nouvelles approches vaccinales contre le cancer, des approches de nano-médecines pour augmenter l’efficacité de la radiothérapie et l’analyse de données cliniques avec l’aide de l’intelligence artificielle.

L’avenir de la radiothérapie passera par le développement de nouvelles combinaisons pharmacologiques radiosensibilisantes des tumeurs ou radioprotectrices des tissus sains, de nouvelles modalités d’imageries et l’intégration de la biologie tumorale et du micro-environnement. La recherche se concentre également sur l’amélioration de l’accès aux innovations thérapeutiques tout en maîtrisant les coûts, le coût moyen des actes de radiothérapie étant de 1700 euros en France

Effets Secondaires et Surveillance

La radiothérapie peut provoquer des effets secondaires en endommageant les cellules saines qui se trouvent dans la zone de traitement. Ces effets dépendent de la partie du corps qui reçoit la radiothérapie, les divers tissus et cellules du corps tolérant différemment la radiation. Les cellules les plus affectées sont celles qui se divisent rapidement, comme les cellules de la peau, les cellules qui tapissent la bouche et le tube digestif.

Effets Secondaires Généraux

La fatigue constitue l’effet secondaire le plus fréquent de la radiothérapie, apparaissant habituellement après quelques semaines de traitement et s’intensifiant au fil des séances. Cette fatigue est causée par l’utilisation accrue d’énergie par l’organisme pour se guérir et par la destruction des cellules qui force un renouvellement cellulaire accéléré. Les troubles cutanés représentent également des effets secondaires fréquents, incluant démangeaisons, rougeur et sécheresse de la peau.

Les autres effets généraux comprennent la perte d’appétit, les troubles gastriques (nausées, vomissements), les troubles buccaux (sécheresse buccale, difficulté à avaler), l’alopécie transitoire et la modification de la formule sanguine. L’anémie peut survenir, particulièrement lorsque de grandes quantités de moelle osseuse sont irradiées.

Chronologie et Réversibilité

Des effets secondaires peuvent se manifester pendant la radiothérapie, immédiatement après ou quelques jours voire quelques semaines plus tard. La plupart des effets précoces disparaissent habituellement de quelques semaines à 2 mois après le traitement. Cependant, certains effets secondaires tardifs peuvent apparaître des mois ou des années après le traitement.

Surveillance et Soins de Support

La surveillance médicale pendant la radiothérapie suit des protocoles précis avec des consultations régulières et des examens biologiques. Les soins oncologiques de support constituent l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades, parallèlement aux traitements spécifiques. Ces soins incluent le suivi nutritionnel, la consultation psychologique, l’évaluation et le traitement de la douleur, et l’accès à des thérapies complémentaires non médicamenteuses.

La surveillance à distance des symptômes se développe avec des outils comme Cureety, permettant d’identifier les patients pour lesquels les consultations sont critiques et ceux pour lesquels elles peuvent être facultatives. Cette approche optimise le suivi de la radiothérapie tout en garantissant la sécurité des patients.

Nos dernières actualités